Je reviens avec un texte illustré dans lequel je me dévoile un peu plus. Je préfère prévenir, même si je me dévoile d'une façon très pudique et partielle, cet article contient des photos qui pourraient heurter la sensibilité de certains.
Pour celles et ceux qui auraient manqué le début, vous trouverez tout ici : http://classe-creative.blogspot.fr/2015/04/attendre-et-ne-rien-faire-est-un-choix.html#comment-form
Aujourd'hui tous les traitements sont terminés, prochain contrôle dans 6 mois. Dans ma tête je me vois guérie depuis bien longtemps, je n'ai aucun doute. Reste à diffuser cette information au corps !
Après la chirurgie j'ai vraiment pris conscience qu'il fallait être à l'écoute de son corps. J'ai découvert les merveilleux effets secondaires d'une anesthésie générale. Dans le style "mémoire de poisson rouge", ou comment mettre 3 jours pour passer l'aspirateur dans un F3... J'ai remonté petit à petit la pente. J'ai même passé un bel été et profité du soleil. Je me souviens encore de ce magnifique week-end en Bretagne, des couchers de soleil. J'ai vécu mes premières journées sans penser à la maladie. Et puis la rentrée est arrivée, avec le retour à l'hôpital.
Après l'ombre insidieuse et invisible de cette maladie, j'ai voyagé dans le monde hostile et incompréhensible du traitement. Le traitement qui fait mal. Le traitement qui affaiblit. J'avais tellement envie d'aller mieux, je visualisais la guérison. Et pourtant, chaque jour je sentais mes forces décliner. Tout s'effaçait peu à peu, se noyant dans un brouillard confus. Je sentais l'énergie que demandais chaque geste, chaque pensée. Jusqu'à atteindre le point critique où sourire devient un véritable effort physique. Là vous imaginez certainement toutes sortes de traitements dont la chimiothérapie. Vous êtes à côté de la plaque.
Quand on m'a dit que je n'aurai pas besoin de chimio, je me suis sentie chanceuse. J'ai pensé, 25 séances de radiothérapie c'est rien en comparaison des effets secondaires d'une chimio. Mais chaque traitement a son revers de médaille. La radiothérapie a ses effets secondaires aussi. Il sont différents d'une personne à l'autre mais bien réels. Et malheureusement minimisés par les médecins. J'ai voulu continuer mon travail pendant le traitement. D'une part, financièrement c'était vraiment bienvenu. D'autre part, je ne voulais pas rester chaque jour chez moi à attendre l'heure du traitement.
La radiothérapie fatigue énormément, et comme il s'agit de 5 séances par semaine sur plusieurs semaines d'affilée, le corps n'a pas le temps de souffler. Il souffre en silence, se consume de l'intérieur. J'ai expérimenté un degré de fatigue qui m'était inconnu jusqu'alors. Je me noyais dans un océan d'épuisement. Dans ma galère, j'ai continué à ramer, jusqu'à cette pensée "Heureusement que le destin a voulu que nous n'ayons pas d'enfants, je ne sais pas comment j'aurais fait". Cette pensée me laisse encore le goût amer de la colère. J'ai eu envie de lui foutre mon point dans la figure à cette pensée ! J'ai lancé un SOS, âme en détresse. Quand la souffrance devient insupportable, on la partage. Les réponses ont fusé de toute part, je remercie la vie aujourd'hui parce que je sais à quel point je suis bien entourée. J'ai reçu toute l'aide nécessaire, c'était magique !
Si je partage tout cela avec vous aujourd'hui c'est à nouveau pour interpeller les esprits. Si vous êtes touchés par la maladie, prenez bien soin de vous entourer pendant tout le temps du traitement, et même après. Plus particulièrement, celles et ceux qui vont passer par l'étape radiothérapie. Ne négligez pas l'aspect "fatigue", car il est bien présent. Adaptez votre temps de travail, et accordez à votre corps tout le repos qu'il demande. Si vous faites partie des proches qui voient l'autre changer au fil des traitements, accrochez-vous, ils ont besoin de vous. Inutile de chercher des grandes phrases, ou des pensées positives en rapport avec la maladie. Un "je pense à toi" suffit.
J'ai donc du me rendre à l'évidence et arrêter le travail pour pouvoir finir le traitement. Je me suis alors transformée en chasseuse de petits bonheurs. Les petits moments du quotidien sont devenus mes objectifs. Un sourire vaut un bouquet de fleurs. J'ai appris l'art de la sieste, ce fut une belle révélation pour moi. Et puis le dernier jour de traitement est arrivé. Une sensation de libération indescriptible. Evidemment, pressée comme je suis, j'ai pensé que tout allait revenir à la normale en un rien de temps. Et bien ce traitement avait encore une chose à m'apprendre, la patience.
Mon corps avait envie d'aller mieux, mon coeur, mon âme, tout mon être. Une idée avait germé depuis un temps. Je voulais le faire pendant octobre rose dans une idée de partage et de sensibilisation. Mais surtout, malgré toutes les épreuves, j'avais besoin de sentir et de voir que je pouvais toujours être une femme. J'ai contacté mon amie d'enfance, Carole, photographe de talent. En très peu de temps elle a pu organiser une séance photo privée. Ce fut une journée hors du temps, un cadeau. Nous avons partagé avec Carole des instants uniques. J'ai vu jusqu'où l'amitié peut mener sans qu'aucun mot ne soit prononcé.
Depuis le début de cette maladie, j'ai fait des choix, pris des décisions. J'ai choisis d'être active, de ne pas me laisser abattre, c'est vrai. Et pourtant, la plupart du temps j'ai eu la sensation de subir cette maladie et ses répercutions. Tout le monde me répétait que j'étais courageuse, et je me sentais à l'opposé du courage. Je me sentais emportée par le courant.
Quand j'ai regardé les résultats de la séance photo, j'ai compris. Là je me suis vue courageuse. Pour la 1ère fois je ne subissais pas, j'agissais. J'ai fais le choix de dévoiler un peu de moi. Non je ne suis pas entièrement nue, vous ne verrez même pas un téton ! J'ai souhaité partager avec vous une petite partie de cette cicatrice. C'est ma façon de vous dire "La vie, ce n'est pas attendre que l'orage passe, la vie c'est apprendre à danser sous la pluie".
C'est ici que les âmes sensibles peuvent stopper leur lecture si elles le souhaitent.
Cette séance photo a révélé bien des choses, beaucoup de surprises. Elle a révélé une chose à laquelle je ne m'attendais pas. Modèle pour photographe, ça ne s'improvise pas. Heureusement modèle pour photographe ne faisait pas partie de mes choix de carrière, je suis tellement douée qu'on m'aurait sûrement demandé si j'avais un plan carrière de secours ! Carole a une patience d'ange. Elle m'a guidée, rassurée, contorsionnée... mais le résultat en valait la peine.
Une évidence, je sais faire l'andouille pour détendre l'atmosphère. J'ai pris conscience aussi qu'il s'agissait d'un masque de protection que je dégaine assez vite (d'où la difficulté de me prendre en photo au naturel, hein Carole !). Mais au final je les trouve toutes réussies car chacune transmet son propre message.
Après avoir rigolé un bon moment, il faut se rendre l'évidence. Je ne suis pas là pour faire l'andouille devant l'appareil, j'ai un objectif à atteindre. Après de multiples essais, mimiques, flous de bougé, réglages, on gratte un peu et....
Merci Carole pour tout le travail de post-traitement, tu a fais des merveilles. Adieu cernes, peau brillante et tout. Si je pouvais je crois que c'est chez le photographe que je me ferais épiler les sourcils, c'est beaucoup moins douloureux !
Et voici une spéciale clin d'oeil pour mon amie Céline qui m'a offert ce magnifique foulard juste après la chirurgie pour m'aider à faire la transition.
Cette expérience a révélé une autre chose très intéressante. Les micro-expressions sont un miroir de vérité. Sur les photos, le réflexe naturel c'est de sourire. Sourire pour montrer qu'on est heureux même si on ne l'est pas. Mais que se passe t-il quand le photographe te demande de ne pas sourire ? Le visage révèle ce que l'on essaye de cacher au monde et à surtout soi-même.
Dans mon cas, la colère a filtré sur beaucoup de prises de vue.
Le masque de fatigue était bien présent aussi, et pourtant je crois que c'est la suivante ma préférée. Parce que malgré tout je sens la détermination de mon propre regard. C'est dans cette photo que j'ai vu mon courage.
Une Mona Lisa sommeille en moi là non ? :)
Et puis il y a les expressions indéchiffrables... prises sur le vif, je dirais qu'elle me représente bien.
En recherche d'équilibre...
Et bien sûr il y a le gros craquage qui défoule bien !
J'ai regardé ces photos pendant de longues minutes avant de me décider à les publier. Je partage avec vous mon cheminement vers le mieux être. A chacun de trouver sa voie de guérison. La mienne passe par la réconciliation avec le corps, avec l'image que j'ai de moi-même. Je ne cherche plus cet hypothétique retour à la normale. Qu'est-ce que la normalité d'ailleurs ?
Je cherche quelque chose de bien plus précieux, ma lumière intérieure. :)
Photographe Carole Chotard













